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 Psychotrope

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El Guelmi
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Nombre de messages : 218
Date d'inscription : 08/02/2007

MessageSujet: Psychotrope   Ven 20 Avr - 13:18

Psychotrope

Un psychotrope est une substance chimique qui agit principalement sur l'état du système nerveux central en y modifiant certains processus biochimique et physiologique cérébraux, sans préjuger de sa capacité à induire des phénomènes de dépendance, ni de son éventuelle toxicité.1 En altérant de la sorte les fonctions du cerveau, un psychotrope induit des modifications de la perception, des sensations, de l'humeur, de la conscience ou d'autres fonctions psychologiques et comportementales.

Le terme psychotrope signifie littéralement qui agit, qui donne une direction (trope) à l'esprit ou au comportement (psycho).
Selon Jean Delay en 1957 « On appelle psychotrope, une substance chimique d'origine naturelle ou artificielle, qui a un tropisme psychologique, c’est-à-dire qui est susceptible de modifier l'activité mentale, sans préjuger du type de cette modification. »
L'effet ressenti lors de l'usage d'un psychotrope est parfois désigné sous le terme effet psychotrope, s'il est communément admis que l'effet psychotrope peut être induit par une substance psychotrope, cet effet peut aussi être atteint par la spiritualité, la méditation ou à travers l'art.

Usages du terme en Droit

Le terme psychotrope possède une définition en droit pour désigner un ensemble de substances illégales ou réglementées listées par la Convention de 1971 de l'ONU.

L'existence de ces deux définitions amène souvent une confusion dans l'usage du terme : tout le groupe pharmacologique est supposé soumis à réglementation alors que le terme juridique ne désigne qu'une petite partie de ces substances. Dans le langage courant, c'est le sens pharmacologique qui est prédominant.

On désigne aussi parfois certains psychotropes sous le terme de stupéfiant ou de drogue, s'ils sont illégaux ou soumis à une réglementation, le terme stupéfiant ayant eu lui aussi deux définitions amenant souvent une confusion dans son usage.

Le terme psychotrope est officiellement utilisé par l'ONU pour désigner les substances classées aux tableaux I, II, III ou IV de la Convention de 1971.

L'ONU ne donne pas de définition du terme psychotrope dans ses conventions, se contentant de lister les substances ainsi catégorisées, cette absence de définition est à l'origine de la confusion qui a parfois lieu entre les deux définitions.

Du fait de son usage dans les conventions internationales, ce terme a été repris notamment par les législations de la Belgique, de la France et de la Suisse pour désigner un ensemble de produits généralement listés en annexe des textes législatifs mais non défini.

Histoire de l'usage des psychotropes

Un usage ancestral

Les produits psychotropes existent à l'état naturel dans divers plantes ou champignons, voire venins ; ainsi tout au long de l'histoire de l'humanité, la plupart des civilisations humaines ont utilisé des substances psychotropes dans des buts spirituels, divinatoires ou médicinales.

L'homme trouve dans son environnement naturel trois types de plantes4 :
les plantes alimentaires qui ont un haut pouvoir nutritif et sont utilisées pour l'alimentation ;
les plantes toxiques, qui le tuent et sont utilisées pour tuer ou faire la chasse ;
les plantes psychotropes, qui modifient son état de conscience et sont utilisées pour altérer les perceptions.

D'après les travaux de Robert Gordon Wasson et de W. La Barre, l'usage des plantes psychotropes remonte à au moins 15 000 ou 20 000 ans avant notre ère et à au moins 100 000 ans (première sépulture connue) pour Peter T. Furst qui considère comme nécessairement contemporaines la pratique du chamanisme et la ritualisation de la mort7. Selon ces auteurs, les plantes psychotropes seraient essentielles dans l'idéologie et la pratique religieuse sur l'ensemble de la surface de la planète et l'extrême ancienneté de leur usage serait déterminée par leur uniformité de pratique et de thématique malgré les différences ethniques et géographiques. Cette uniformité témoignerait d'une structuration inconsciente programmée culturellement à accepter l'expérience extatique dans le cadre d'un culte organisé. Ainsi, les chasseurs du paléolithique qui arrivèrent en Amérique étaient culturellement prédisposés à collecter des plantes psychotropes et à les préparer.
La sédentarisation dûe à la révolution du néolithique aurait permis l'institutionalisation de la religion occultant peu à peu l'origine chamanique au point de l'oublier comme c'est le cas en Europe où peu de ces rituels ont persistés.
À l'inverse d'autres auteurs8 considèrent l'usage de substances psychotropes comme une dégénérescence des pratiques chamaniques originelles qui seraient fondées sur la « pure expérience religieuse spontanée ».

Quoiqu'il en soit, ces plantes possèdent, pour les ethnies qui les utilisent, une image de plante magique ou de chair des dieux dotée de pouvoirs surnaturelles qui sont partagés par celui qui les consomme.
Le fait qu'elles soient intégrées dans un rituel social, mystique ou religieux leur permet de bénéficier d'une tolérance socio-culturelle qui s'accompagne d'une tradition - souvent orale - de l'usage de cette substance. Cette tradition véhicule les prescriptions d'usage, les quantités à utiliser, les dangers relatif à l'usage et permet d'installer une sorte d'équilibre relatif entre le produit et les usagers.

Dès que l'homme sait laisser des traces de son passage, les plantes psychotropes sont représentées que ce soit dans l'art pictural, dans les sculptures ou dans les premiers écrits témoignant de leur importance dans la société. Ces traces permettent notamment aux spécialistes d'apporter une datation des usages.

L'usage de Amanita muscaria remonte à 7 000 ans avant notre ère - voire au paléolithique - et se serait répandue au cours des migrations de la Sibérie jusqu'au nord de l'Inde.7 L'usage de sophora secundiflora aurait 6 000 ou 7 000 ans d'âge selon des traces archéologiques trouvées dans des grottes du Texas.7 L'usage de la coca en Amérique latine remonte à près de 5 000 ans10. La culture du pavot à opium était connue en Mésopotamie 4 000 ans avant l'ère chrétienne. L'usage de champignons hallucinogènes en Amérique daterait d'au moins 3 000 ans, tout comme l'usage du tabac et du San Pedro dont il existe des représentations sur des tissus de l'époque chavin.7 L'usage du cannabis pour ses propriétés psychotropes est mentionné dès 2737 av. J.-C. dans le Shen nung pen Ts'ao king.11 L'usage du peyotl est représenté sur des pièces d'art funéraire précolombien du Mexique occidental datant q'il y a 2 000 ans. L'Ipomoea violacea est représentée sur des fresques de Teotihuacan et de Tepantitla datées de 400 ou 500 après J.C.

Outre l'usage spécifique des plantes, la façon de les absorber via certaines préparations (ayahuasca, yopo, maté, ololiuqui, etc.), de n'en consommer que certaines parties fait aussi l'objet d'une connaissance ancestrale ainsi le fait de priser (sniffer) date au moins de 1 800 ans avant notre ère comme en témoignent une tablette à priser en os de baleine et un tube creux en os d'oiseau trouvés sur le site côtier de Huaca Prieta.

Le développement de la science

À partir du XIXe siècle, les progrès techniques et scientifiques permettent dans un premier temps de mettre en évidence le principe actif de ces plantes puis de l'extraire.

Cette extraction permet de transporter ou d'utiliser des quantités moindres de produit puisque plus actif que la plante originelle ce qui en potentialise aussi les effets comme les dangers.
Mais surtout cette extraction permet d'obtenir des produits finis (médicament) d'une teneur constante en principe actif (la concentration en principes actifs d'une plante étant aléatoire d'une région à une autre, voire d'une saison à l'autre) et d'une durée d'utilisation plus longue (un produit chimique se conserve plus facilement qu'une plante dont le principe actif se dégrade souvent après la cuillette).

Jusqu'au début du XIXe siècle, ces produits restent cantonné à leurs usages traditionnels ou médicaux mais au cours du siècle, notamment du fait des progrès techniques, certains produits commencent à être consommé dans un but hédoniste de recherche du plaisir généralement dans les milieux artistiques ou scientifiques. Cet usage avait déjà été constaté au XVIIIe siècle en Chine avec l'opium ce qui provoqua les guerres de l'opium.

Pendant la seconde moitié du siècle, les techniques d'administration (invention de la seringue) et de purification évoluent augmentant la toxicité des substances.12

Le terme psychotrope apparaît à la fin du XIXe siècle, suite à la démonisation de la morphine en médecine qui après avoir été présentée comme un produit miracle sera responsable de la maladie du soldat (morphinomanie des soldats traités à la morphine sur les champs de bataille).

Dans le même temps, les guerres de l'opium qui opposent principalement la Chine et le Royaume-Uni, la Chine désirant interdire les importations d'opium britannique. Suite à ces guerres, le Royaume-Uni obtient la liberté d'importer son opium en Chine, les ligues de tempérances américaines s'indignent alors de ce commerce forcé d'une substance aliènante dans un seul et unique but de profit. Ce qui constitue alors les premiers balbutiments de la prohibition moderne reposant sur la vertue supposée de l'abstinence (principe issu de la morale protestante), ces ligues prennent ensuite une place importante dans la politique américaine (Harrison Narcotics Tax Act en 1914, prohibition de l'alcool, etc.) influant sur le discours et la politique internationale.

Le XXe siècle

Au XXe siècle, la science continue ses progrès et ces substances peuvent désormais être synthétisées sans avoir à pratiquer l'extraction du principe actif depuis la plante ce qui ouvre la voix à la synthèse de nouvelles molécules (Alexander Shulgin, David Nichols). Tout au long du siècle, les progrès pharmacologique permettront d'obtenir des produits plus performants et souvent plus puissants.4

En 1909, à Shanghaï, a lieu le premier accord international visant à contrôler le commerce d'un psychotrope à usage non-thérapeutique. Il se limite à l'opium.
Il sera suivi de la conférence de La Haye en 1912 qui s'étend de l'opium, à la morphine, la codéïne et la cocaïne. Puis en 1925, la Société des Nations convoque la première Convention Internationale de l'Opium à Genève qui s'étendra au cannabis et à l'héroïne.
Entre 1931 et 1953, six conventions internationales sont signées, toutes visant à renforcer la prohibition de l'usage et à sanctionner la vente.

La décolonisation place les pays européens dans un contexte où ne profitant plus des revenus des ventes de ces produits, ils rejoignent la position des États-Unis (campagne des États-Unis contre la toxicomanie) visant à imposer une prohibition de ces subtances. Cette situation où les pays en voie de développement de l'hémisphère sud sont stygmatisé comme producteur de drogues et où les pays industrialisés de l'hémisphère nord figurent les consommateurs persiste jusqu'aux années 1990 où la mondialisation redéfinit les rôles les pays producteurs devenant eux même consommateur et les pays consomateur devenant producteur.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la prohibition semble avoir eu raison du problème des drogues dans les pays occidentaux.

Dans les années 1960, les pays occidentaux voient une augmentation importantes de la consommation qui sort des milieux artistiques et scientifiques pour toucher l'ensemble de la population ainsi que du trafic ce qui les décident à mettre en place une réglementation internationale.
Une relation de causalité entre mouvements contestataires des années 1960 et consommation de psychotrope est mise en avant par les politiques occidentales de l'époque qui vont réprimer l'un pour enrayer l'autre.4

La convention unique sur les stupéfiants de 1961 est adoptée puis complétée par la Convention sur les substances psychotropes de 1971 et la Convention contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988 afin de combattre aussi les filières internationales d'approvisionnement.

Cest dans le même temps, qu'apparaissent en occident les premiers écrits faisant état d'un culte de la drogue tant par la consommation de psychotropes illégaux que de médicaments psychotropes, on le décrit alors comme un phénomène social d'évasion face aux activités normales quotidiennes.
Le terme drogue se charge d'une valeur péjorative éloignée de son sens originel qui témoigne d'une évolution linguistique significative d'une rupture culturelle majeure quand au rapport de l'homme avec les psychotropes.1 Rupture qui différencie d'un côté les psychotropes illégaux ou drogue et les psychotropes à usage médical ou médicament.
Alors que parallèllement apparaissent les premières études ethnologiques et anthropologiques sur les usages rituels de ces produits.

Dans les années 1980, l'apparition du sida et de nouvelles substances poussent les pays occidentaux d'une politique presque uniquement répressive vers des politiques de prévention et de réduction des risques.

Dans les années 1990, le problème de la consommation de psychotrope s'est répandu sous l'impulsion de la mondialisation1 , il ne touche plus seulement les pays occidentaux même si des différences culturelles ou géographiques subsistent dans la consommation de tel ou tel produit.
Parallèlement la politique de prohibition menée depuis de nombreuses années par la communauté internationale montre ces limites, si les grandes organisations criminelles type mafias, cartels, etc. ont pour la plupart disparu, le trafic n'a pas disparu et ces grandes organisations ont été remplacées par de plus nombreuses et plus petites structures d'autant plus difficile à combattre. Face à ces limites des initiatives alternatives émmergent visant par exemple à réhabiliter les usages traditionnels dans le but de détourner les producteurs des trafiquants comme en Bolivie par exemple.

Motifs de consommation

Un psychotrope peut être consommé d'une manière récréative dans le but d'altérer intentionnellement la conscience par exemple le café, l'alcool, la cocaïne ou le cannabis.
Il peut être consommé comme un enthéogène dans un but spirituel par exemple la mescaline ou la psilocybine.
Un psychotrope peut être consommé comme thérapie, par exemple l'utilisation de narcotiques afin de contrôler la douleur, de stimulants afin de traiter les narcolepsies ou les troubles déficitaires de l'attention mais aussi des antidépresseurs ou antipsychotiques afin de traiter des maladies neurologiques ou psychiatriques, on les appelle souvent les médicaments psychotropes. La prescription de psychotrope peut parfois induire un usage détourné.
Il peut être aussi consommé pour améliorer les performances physiques ou intellectuelles, on parle alors de produits dopants.
Il peut être consommé dans le but d'assouvir un besoin compulsif dans le cadre de la toxicomanie.
Il peut être consommé involontairement dans un but de soumission chimique : drogue de viol, sérum de vérité.

La consommation d'un certain type de produit peut être liée à une mode ou à un moyen d'affirmer son appartenance à tel ou tel groupe social.
Pour certains consommateurs, la consommation de psychotrope s'inscrit dans un mode de vie hédoniste ou antisocial, adopté préalablement à leur initiation aux drogues, la recherche du plaisir étant le fondement ou le but de la vie.12
Pour d'autres, la consommation de psychotrope constitue une modalité défensive contre des angoisses et des tensions contre lesquelles ils ne parviennent pas à lutter avec leurs seules ressources psychiques, ces personnes qualifient parfois leur consommation d'automédication sans que cela puisse avoir une justification médicale.
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